GRASS – Le Ciné-Concert avec les musiciennes : Shadi Fathi (Iran) et Isabelle Courroy (France)

Peu diffusé, ce film a inspiré à Isabelle Courroy – Flûtes kaval, et Shadi Fati – Sétar, tar, shouranghiz, daf, zarb, une création musicale originale et inédite.

Ceux qui allaient devenir les futurs réalisateurs de King Kong, étaient en route vers l’Inde quand ils furent bloqués au Khuzistan, en 1924, à cause de la situation politique agitée du Sud de l’Iran. Ils eurent la chance de rencontrer les Bakhtiari, peuple d’éleveurs nomades qu’ils accompagnent alors dans sa grande migration vers des pâturages plus verts de la Perse. Grass est devenu un documentaire mythique.

D’après Luc Benito – Directeur du F.I.M.É – Festival International des Musiques d’Ecran

Si l’on a coutume de dire que les musiciens accompagnent un film, en parlant d’un ciné-concert, l’acception nous semble tellement simpliste lorsque nous sortons de cette expérience captivante et hypnotique que nous ont fait vivre Isabelle Courroy (flutes kaval) et Shadi Fahti (Sétâr, Daf, Zarb) avec « Grass, le combat d’une nation pour la vie ». Bien sûr, il y a le choix des thèmes traditionnels d’Europe Orientale, d’Anatolie, d’Arménie et d’Iran qui donnent du sens à l’image et nous embarquent immédiatement dans un voyage dans le temps et dans l’espace, mais cette transhumance d’une peuplade du sud de l’Iran est surtout l’occasion de redécouvrir notre humanité, à travers l’instinct de survie et la force de l’entr’aide. Cette expérience est transcendée avec beaucoup de pudeur et de dignité par les images de Schoedsack et Cooper mais elle est surtout sublimée par Isabelle et Shadi qui jouent autant pour notre plaisir que pour donner du courage à ces êtres humains qui font la démonstration que tout n’est pas perdu dans notre relation à la nature.

Shadi Fathi et Isabelle Courroy – Grass – Ciné concert au Festival International des Musiques d’Ecran


Le film :
Trois journalistes, futurs réalisateurs de “King Kong”, vont à la rencontre d’un peuple kurde oublié, les Bakhtiari. Ils l’accompagnent alors dans sa grande migration vers des pâturages plus verts de la Perse.
Un film épique : Si le film est un vrai document ethnologique sur ce peuple migrateur, il tire surtout sa force de ses séquences et images spectaculaires. Tel un péplum, le film réunit à l’écran, et parfois dans un même plan, plus de 50.000 hommes et 50.000 têtes de bétail. L’escalade d’un flanc de montagne par tout ce petit monde, de même que la traversée dangereuse d’un lit de fleuve énervé, donne au film un souffle épique incomparable. Ici, la multitude se heurte à l’immensité. Un document unique sur les modes de vie d’un autre temps et d’une autre culture.
C’est l’un des duos de réalisateurs les plus connus d’Hollywood : Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. Aventuriers, militaires, documentaristes et bien entendu réalisateurs et producteurs de films, leur personnalité et leurs expériences aidèrent à marquer le cinéma mondial.
« Le duo Cooper/Schoedsack prend ses racines à Vienne en 14, lors de la première Guerre Mondiale, tandis que les deux “desperados” sont encore des soldats du genre casse-cou (l’un aviateur médaillé de la Croix des Braves, l’autre se vantant d’être le dernier homme à avoir “traversé le pont de Dnier avant explosion” et le premier à avoir filmé la retraite de Kiev) et prendra forme à la faveur de rencontres ultérieures, à Londres puis à Addis-Abeba. Mais ce n’est qu’à l’occasion de l’insensé projet de Grass que leur entreprise de cinéma s’amorce réellement.
Cette entreprise Flahertyenne (les deux hommes admirent le signataire de Nanouk) permet à la paire de faire jouer son fougueux tempérament aventurier, mais aussi – en ont-ils conscience ? – de prendre le contrepied cardinal des transhumances contemporaines, cinématographiquement rapportées.
En effet, 1925 est l’année où Charlot se rue sur le Klondike pour y dénicher de l’or et traverse pour ce faire lui aussi d’hostiles éléments. C’est encore l’année où Friendless, le vagabond de Buster Keaton, se voit conseiller par une statue de courir à l’ouest pour y trouver fortune. Le salut de la tribu que C&S se sont résolus à filmer dans Grass est quant à lui diamétralement opposé et c’est à l’est, toujours plus à l’est, malgré les torrents meurtriers et les montagnes à peine franchissables, que l’herbe se montrera plus verte.
Le vert d’une herbe qu’on ne verra bien entendu pas “telle” dans un film en noir & blanc, encore que les réalisateurs se soient résolus à teinter a posteriori le métrage pour appuyer certains climats ou quelques particulières atmosphères. Le procédé occasionne ainsi des sensations inédites, telle cette séquence de caravane de chameaux filmée sur un crépuscule rose.
Mais qu’elles soient inédites ou curieuses, discutables ou impressionnantes, novatrices ou manipulatrices, ces sensations ne sont jamais frugales ni modestes. Et on ressort de Gras assurément épuisé… et volontiers admiratif. » (Jocelyn Manchec, kinok.com)

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